Critique Ciné : Freaky Tales (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Freaky Tales (2025, direct to SVOD)

Freaky Tales // De Anna Boden, Ryan Fleck et Jelani Johnson. Avec Pedro Pascal, Ben Mendelsohn et Jay Ellis.

 

Il y a des films qui veulent trop en faire. Freaky Tales, réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck, en est un parfait exemple : une œuvre qui tente de combiner nostalgie, expérimentation narrative et hommage aux années 80, mais qui finit par s’enliser dans un déluge d’ambiances rétro sans réel propos. Sur le papier, le concept avait du potentiel. A l’écran, le résultat est confus, inégal et frustrant, malgré quelques éclairs de cinéma disséminés çà et là. Le film se présente comme une anthologie en quatre chapitres interconnectés, tous situés à Oakland en 1987, le soir d’un match historique des Golden State Warriors. Une nuit où les destins de plusieurs personnages – punks, rappeurs, criminels et figures locales – s’entrelacent dans une succession d’événements plus ou moins absurdes.

 

Quatre histoires qui se déroulent à la fin des années 1980 à Oakland.

 

Ce découpage narratif aurait pu créer une fresque urbaine originale, façon Pulp Fiction ou Magnolia. Le problème, c’est que chaque segment semble trop court pour installer un univers ou un propos solide. On survole des récits aux enjeux faibles, portés par des dialogues plats et des personnages souvent réduits à des stéréotypes ou à de simples fonctions narratives. Dès les premières minutes, Freaky Tales affiche une volonté esthétique marquée : néons, grain d’image rétro, format 4:3 en ouverture pour faire “vintage”… L’intention est claire : recréer l’ambiance des années 80, mais sans jamais dépasser la simple citation visuelle. Là où une série comme Stranger Things a su tirer un vrai discours de cette époque, Freaky Tales s’enferme dans un décorum qui tourne à vide.

 

La bande-son, saturée de synthés et de références musicales d’époque, fait partie intégrante de cette démarche nostalgique. Pourtant, cette surcharge de signes d’époque n’apporte aucune profondeur au récit. L’ensemble devient vite indigeste, comme une mixtape trop chargée d’effets et vide de contenu. Sur le papier, la distribution a de quoi attirer l’attention : Pedro Pascal, Ben Mendelsohn, Dominique Thorne, Ji-young Yoo, et même une apparition de Tom Hanks dans un rôle secondaire pour le moins incongru. Mais même ces noms prestigieux ne parviennent pas à tirer leur épingle du jeu. Seul Pedro Pascal se distingue véritablement dans le troisième segment, dans lequel il incarne un homme de main tiraillé entre loyauté et vie de famille. 

 

Son personnage, bien que trop peu développé, apporte enfin un peu d’humanité dans un film qui en manque cruellement. Les autres acteurs semblent coincés dans des rôles préfabriqués, parfois à la limite de la caricature. L’un des défauts majeurs du film est son incapacité à choisir un ton. Entre pastiche, hommage, satire sociale et drame, Freaky Tales cherche constamment à surprendre mais finit par lasser. L’humour tombe souvent à plat, et les scènes dramatiques manquent de poids émotionnel. Le segment final, centré sur Sleepy Floyd – figure emblématique du basket – offre certes un regain d’énergie visuelle et narrative. Mais même cette parenthèse de vengeance mystique, aussi délirante soit-elle, n’arrive pas à justifier le long détour qu’impose le reste du film.

 

Il est évident que les réalisateurs aiment le cinéma. Les clins d’œil à Repo Man, Kill Bill, RoboCop, ou encore The Warriors pullulent dans chaque recoin du film. Mais ce trop-plein de références finit par noyer toute tentative de construction narrative originale. Le film donne l’impression d’avoir été conçu comme une vitrine pour cinéphiles nostalgiques, sans jamais s’adresser à un public plus large ou tenter une véritable proposition. En cherchant à condenser tout ce qu’ils aiment des années 80 dans un seul long-métrage, les auteurs ont oublié l’essentiel : une histoire forte et incarnée. Le résultat, c’est une œuvre clinquante, certes parfois amusante, mais globalement stérile.

 

Freaky Tales n’est pas un navet complet. On y trouve quelques moments de grâce, une volonté de sortir des sentiers battus et une certaine audace visuelle. Mais l’ensemble manque cruellement de cohérence, de sincérité et surtout de substance. C’est un film qui regarde dans le rétroviseur sans jamais prendre la route. Pour un spectateur occasionnel, ce peut être un divertissement passable. Pour un cinéphile ou un amateur de récits construits, c’est une déception. À vouloir trop en faire, Freaky Tales finit par ne rien dire. Reste un bel emballage, mais sans surprise au déballage.

 

Note : 4.5/10. En bref, un collage flashy mais creux de nostalgie 80’s.

Sorti le 4 décembre 2025 directement en VOD

 

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