4 Décembre 2025
J’ai abordé la saison 2 de Mammoth avec un mélange de curiosité et d’amusement, un peu comme lorsqu’on rouvre une vieille boîte de souvenirs qu’on croyait rangée pour de bon. La série ne cherche pas à suivre les codes d’une comédie actuelle ; elle préfère s’installer dans un rythme presque rétro, comme si elle refusait d’admettre que les années 2020 existent vraiment. Et finalement, cette posture colle parfaitement à Tony Mammoth lui-même, ce professeur d’EPS des années 1970 littéralement arraché à son époque. Dans ces trois nouveaux épisodes, le personnage se retrouve face à un quotidien qu’il comprend toujours à moitié.
Cette position instable crée le cœur de l’humour : un homme persuadé que son ancien monde tient encore debout, alors que celui qu’il découvre fonctionne avec des règles qui lui échappent. J’ai parfois l’impression de regarder un témoin coincé dans un bocal temporel, observant ce que la société contemporaine considère comme normal. Ce qui me frappe dans cette deuxième saison, c’est la constance du principe de départ. Tony Mammoth ne change presque pas, malgré l’évidence du monde qui l’entoure. Sa vision reste figée : un respect sacré pour des valeurs d’un autre âge, une confiance personnelle étonnamment solide, et une manière d’aborder les situations qui annonce toujours un télescopage inévitable avec les normes actuelles.
Sa manière d’encourager Theo, son petit-fils, en lui proposant par exemple des méthodes pour rester éveillé ou en incitant des élèves à régler leurs conflits à coups de poings avant de se serrer la main, témoigne de cette absence totale de filtre. Je regarde ces scènes avec un sourire parfois un peu coupable : d’un côté, j’observe une attitude totalement démodée ; de l’autre, je reconnais comment le choc des époques peut faire résonner certaines critiques envers les habitudes actuelles. Le personnage ne semble jamais remettre en question son propre fonctionnement. Et c’est précisément ce qui me fait penser que la série ne cherche pas la transformation.
Elle reste attachée à un Tony Mammoth pur jus, complètement immobile dans sa vision. Et cela crée à la fois la force et la limite de ces nouveaux épisodes. La place prise par la vie domestique dans cette saison m’a semblé encore plus importante. Mammoth vit maintenant avec Mel, sa fille, et Theo, son petit-fils, ce qui crée une dynamique familiale qui fonctionne surtout comme miroir inversé de sa personnalité. Mel apparaît comme une mère inquiète, consciente des nouvelles règles sociales, de la nécessité de ne rien brusquer. Cette prudence contraste tellement avec l’attitude directe de son père que je ressens régulièrement une fatigue anticipée pour elle.
Leur relation offre de bons moments, mais j’ai parfois l’impression que Mel reste enfermée dans la même émotion, une sorte de tension permanente qui finit par réduire son impact dans certaines scènes. Theo, lui, incarne tout l’inverse de Mammoth : timide, tranquille, souvent en retrait. Ce contraste fonctionne bien, même si le personnage gagnerait à s’affirmer davantage. J’ai souvent eu l’impression que Theo n’était présent que pour montrer à quel point son grand-père ne ressemble à personne. La série assume totalement son goût pour les années 70. Que ce soit à travers les objets, les références culturelles ou les attitudes, je sens à chaque épisode le plaisir presque tactile que Mike Bubbins — qui incarne Mammoth — porte à cette décennie. Cette affection devient parfois contagieuse.
Je me suis même surpris à apprécier les moments où il se replonge dans ses habitudes d’époque, avec sa voiture ou ses émissions préférées, comme s’il transportait un petit bout de ce passé partout où il va. Cette nostalgie n’est pas seulement décorative ; elle sert à rappeler ce que Mammoth estime avoir perdu. Et c’est là que la série réussit quelque chose d’intéressant : au lieu de présenter le passé comme un paradis disparu ou comme une source de honte, elle met en scène un personnage qui y reste attaché sans jamais convaincre personne de son bien-fondé. Je me retrouve souvent à naviguer entre amusement, tendresse et questionnement.
La dimension satirique de Mammoth m’intéressait beaucoup, car j’attendais de cette saison qu’elle ose aller plus loin. La série joue clairement avec les débats autour de la modernité, du politiquement correct ou des normes sociales qui se multiplient. Tony Mammoth s’y cogne constamment et j’y vois une manière de pointer les contradictions de notre époque. Pourtant, j’ai parfois la sensation que la série s’arrête juste avant d’oser. Certaines situations paraissent prêtes à déraper vers un terrain plus audacieux, puis la tension se dissipe. Cela donne un humour agréable, mais qui ne pousse pas toujours la réflexion aussi loin que je l’espérais. Le personnage est présenté comme un homme figé dans ses certitudes, mais la série hésite parfois à explorer tous les enjeux que cela ouvre.
Cette saison confirme que Mammoth repose presque entièrement sur les épaules de Mike Bubbins. Sa présence suffit à tenir le rythme. Sa manière de jouer l’incompréhension permanente, ses réactions directes, sa posture presque caricaturale mais toujours maîtrisée donnent au personnage une dimension réelle. Les autres personnages servent surtout à souligner ce que Mammoth n’est pas. Roger, l’ami fidèle ; Lucy, la collègue qui tente tant bien que mal d’imposer un minimum d’ordre ; Michael, ce jeune homme fasciné par les années 70 ; tous existent essentiellement par contraste. Et même si cela fonctionne, j’aurais aimé que certains d’entre eux gagnent un peu plus en épaisseur.
Avec seulement trois épisodes, la saison 2 ne cherche pas à étirer son idée. Ce format resserré a une certaine logique : le concept de départ fonctionne encore, mais je sens qu’il commence à approcher de ses limites. Le décalage temporel reste efficace, mais il ne se renouvelle pas beaucoup. Je me retrouve à apprécier l’ensemble, tout en me demandant jusqu’où la série pourra prolonger cette mécanique sans l’alourdir. L’humour continue de fonctionner, mais il repose toujours sur le même point : un homme incapable de s’adapter. Et c’est justement ce qui rend l’avenir de la série difficile à prévoir. Si Tony Mammoth évolue, il cesse d’être Mammoth. S’il ne change pas, il risque de tourner en rond.
Cette deuxième saison de Mammoth m’a offert un moment agréable, parfois surprenant, souvent amusant. J’y ai trouvé une forme de confort, une petite bulle où l’on regarde deux époques s’affronter sans que la série cherche à imposer une morale. Je n’ai pas ressenti l’envie d’en attendre plus qu’elle ne propose. Elle raconte ce qu’elle veut raconter, sans chercher à élargir son propos. Et même si j’aurais aimé voir certaines pistes plus développées, je ressors de ces trois épisodes avec la sensation d’avoir retrouvé un personnage attachant dans son absurdité.
Note : 5.5/10. En bref, Mammoth reste une série qui observe notre époque depuis un angle déformé, à travers un homme qui refuse d’en accepter les règles. Ce miroir inversé fonctionne encore, même si l’image commence doucement à se répéter. Mais tant que la série parvient à maintenir cet équilibre fragile entre humour, nostalgie et maladresse assumée, j’ai envie de continuer à suivre ce personnage perdu dans un monde qui avance sans lui.
Prochainement en France
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