10 Mai 2026
Abraham’s Boys: A Dracula Story // De Natasha Kermani. Avec Titus Welliver, Jocelin Donahue et Judah Mackey.
Une adaptation signée Joe Hill, qui n’est autre que le fils de Stephen King et à qui l’on doit le scénario de Black Phone, qui veut prolonger l’univers de Dracula en explorant la descendance d’Abraham Van Helsing, ça a de quoi piquer la curiosité. Le point de départ est séduisant : deux frères, Max et Rudy, élevés par un père de plus en plus dérangé, héritent d’un lourd passé fait de monstres, de paranoïa et de traumatismes. Bref, le cocktail idéal pour un drame gothique plein de tension. Sauf qu’au lieu d’un festin sanglant, Abraham’s Boys: A Dracula Story se transforme en un repas fade. Une histoire qui aurait pu être captivante s’étire sans rythme, plombée par une mise en scène maladroite et des dialogues tellement figés qu’ils en deviennent pénibles.
Les enfants d'Abraham Van Helsing tentent de découvrir son passé alors qu'il devient de plus en plus déséquilibré et violent.
J’espérais croiser un héritier digne de l’univers de Bram Stoker ; je me suis retrouvé devant un téléfilm paresseux, incapable de décoller. Le film repose sur une idée forte : que reste-t-il d’un chasseur de vampires quand les monstres disparaissent ? Abraham Van Helsing, désormais vieilli, traîne ses obsessions et impose sa paranoïa à ses enfants. Max et Rudy grandissent dans cette ombre oppressante, entre peur et incrédulité. Sur le papier, ce mélange de drame familial et d’héritage horrifique a tout pour séduire. Le problème, c’est que rien n’est creusé. Le scénario enchaîne les scènes comme si le simple fait d’avoir un nom prestigieux – Van Helsing – suffisait à créer du suspense.
Les garçons ne doutent jamais vraiment de leur père, ne questionnent pas ses révélations, et tout ce qui aurait pu nourrir une vraie tension psychologique tombe à plat. Là où un film comme Frailty réussissait à maintenir le spectateur dans l’incertitude – mission divine ou délire paranoïaque ? – ici, il n’y a que de l’ennui. J’apprécie un slow burn quand il est maîtrisé, quand l’attente construit quelque chose. Mais ici, c’est surtout une longue marche dans le brouillard. Pendant une bonne heure, il ne se passe presque rien, sinon des discussions sans vie et des scènes qui semblent ajoutées uniquement pour remplir le temps. Les vingt dernières minutes tentent de rattraper le coup avec une montée en intensité, mais il est trop tard.
L’intrigue s’emballe soudainement comme si l’équipe venait de réaliser qu’il fallait bien offrir un final. Résultat : la conclusion paraît bâclée, sans lien fort avec tout ce qui a précédé. Le film donne l’impression d’avoir manqué de budget ou d’avoir coupé trop d’éléments en montage. L’un des gros points noirs de Abraham’s Boys est son casting. Certains acteurs semblent perdus, récitant leurs répliques comme s’ils étaient en répétition. Le plus jeune frère, par exemple, traverse le film sans conviction. Le père, censé être inquiétant, oscille entre caricature et fadeur. Heureusement, tout n’est pas à jeter. L’aîné des frères s’en sort mieux et parvient à donner un peu de relief à son rôle.
La jeune fille rencontrée par les garçons, bien que sous-exploitée, tire son épingle du jeu et aurait mérité beaucoup plus de place. Malheureusement, leurs efforts se perdent dans un océan de dialogues figés et de mises en scène sans énergie. S’il y a bien un élément qui mérite d’être sauvé, c’est la photographie. Les paysages sont beaux, la lumière parfois inspirée, et certains cadres respirent l’ambiance gothique qu’on espérait retrouver. Mais même là, le contraste entre la qualité visuelle et la pauvreté du récit finit par créer de la frustration. Admirer un décor ne suffit pas à tenir une séance entière quand le reste manque d’âme. Abraham’s Boys essaie de parler de traumatismes hérités, de la manière dont les obsessions d’un père peuvent ronger une famille entière.
C’est un sujet fort, qui aurait pu donner un film profond. Mais ici, tout reste en surface. Le thème est effleuré, jamais vraiment exploité. On comprend l’intention, mais on ne ressent rien. L’histoire hésite constamment : est-ce un drame familial ? Un récit gothique ? Un prolongement de l’univers de Dracula ? En tentant de jongler avec tout ça, le film finit par n’être rien de clair. On sort avec la sensation d’avoir vu un brouillon. Le plus rageant avec Abraham’s Boys, c’est qu’il avait tous les ingrédients pour marquer. Un héritage littéraire culte, une adaptation par Joe Hill, une réalisatrice qui voulait clairement offrir un regard différent sur l’horreur… Mais tout tombe à plat.
La lenteur devient inertie, les dialogues sont lourds, les personnages plats, et l’ensemble laisse un goût amer de rendez-vous manqué. Même le final, censé être l’apogée, ressemble davantage à une pirouette forcée qu’à une véritable conclusion. Là où un film d’horreur devrait laisser une empreinte, celui-ci disparaît aussitôt après visionnage. Abraham’s Boys: A Dracula Story avait tout pour être un bel ajout à la mythologie de Dracula. Au lieu de ça, le film s’enlise dans une exécution maladroite. Il ne parvient ni à effrayer, ni à émouvoir, ni même à intriguer durablement. Reste quelques belles images et deux acteurs qui surnagent, mais c’est bien mince face à tant de longueurs et de dialogues plats.
Au final, cette suite spirituelle de Dracula ressemble à une occasion manquée. Une œuvre qui voulait explorer les cicatrices laissées par les monstres, mais qui finit par ressembler à une séance d’hypnose ratée : longue, monotone, et sans vrai impact. Pour les curieux de l’univers de Van Helsing, pourquoi pas en streaming, un soir de pluie. Pour les autres, mieux vaut garder ses crocs pour une autre proie.
Note : 3/10. En bref, le plus rageant avec Abraham’s Boys, c’est qu’il avait tous les ingrédients pour marquer. Un héritage littéraire culte, une adaptation par Joe Hill, une réalisatrice qui voulait clairement offrir un regard différent sur l’horreur… Mais tout tombe à plat.
Sorti le 30 avril 2026 directement sur Insomnia
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