Critique Ciné : Le Million (2025)

Critique Ciné : Le Million (2025)

Le Million // De Grégoire Vigneron. Avec Christian Clavier, Rayane Bensetti et Gilles Cohen.

 

Avec Le Million, Grégoire Vigneron signe son deuxième long métrage, après Sans laisser de traces en 2010. Entre-temps, le cinéaste a surtout travaillé comme scénariste, notamment aux côtés de Laurent Tirard (Le Petit Nicolas, Le Retour du héros). Autant dire que l’attente était réelle : revenir à la mise en scène après quinze ans, c’est forcément un pari. Pourtant, le résultat manque d’élan. Cette comédie au pitch prometteur se transforme en une suite de quiproquos prévisibles qui finissent par s’user plus vite qu’un vieux gag de café-théâtre. 

 

Pensant à tort qu'il ne va pas être promu par son entreprise, Stan craque et décide de voler dans le coffre de son patron une valise contenant 1 million d'euros d'argent sale. Direction l'aéroport avec sa copine... Mais en route, un coup de fil lui apprend qu'il obtient la promotion dont il rêvait. Il a alors une nuit pour rattraper son erreur et remettre le million dans le coffre. Pour cela, il va faire appel à Hippolyte, un serrurier peu regardant sur la déontologie…

 

Le point de départ est simple : Stan (Rayane Bensetti), jeune ingénieur dans une cimenterie, pique un million d’euros à son patron, persuadé d’avoir été mis sur la touche après avoir raté une promotion. Mais quand le vent tourne, il décide de rendre l’argent. Problème : la clé du coffre a disparu. Pour l’aider, il s’associe à un serrurier filou, interprété par Christian Clavier, qui semble avoir plus d’arnaques que de solutions en stock. Sur le papier, l’idée d’un casse inversé a du potentiel. Plutôt que de voler, il s’agit de remettre discrètement un pot-de-vin dans le coffre de départ. L’occasion de jouer sur la tension, les retournements et les maladresses des personnages. 

 

Mais à l’écran, l’absence de suspense se fait vite sentir. La mécanique est prévisible et, malgré quelques situations absurdes, l’ensemble reste trop sage pour vraiment accrocher. Côté casting, pas de grande surprise. Christian Clavier fait… du Clavier. Ses mimiques et ses intonations fonctionnent encore, même si l’impression de déjà-vu est permanente. Le problème vient surtout du reste de la distribution. Rayane Bensetti, censé porter le rôle principal, reste effacé. Son énergie ne compense pas le manque de présence comique, et il peine à exister face au vieux routier qu’est Clavier. Julie Ferrier et Gilles Cohen apportent quelques touches intéressantes : elle, en électron libre cabossé, lui, en patron glacial et cynique. 

 

Mais globalement, les seconds rôles manquent d’épaisseur, et l’alchimie entre les personnages ne prend jamais vraiment. Comme beaucoup de comédies françaises, Le Million repose largement sur les dialogues. Problème : il y en a trop, et surtout, ils ne sont pas tous inspirés. Les échanges s’étirent, les répétitions s’enchaînent, et le comique de situation s’étouffe dans un flot de bavardages. Certains gags arrachent un sourire, mais rien ne reste vraiment en mémoire. Un exemple illustre bien ce souci : Clavier grimé en femme, censé offrir une série de scènes irrésistibles. Finalement, le film ne se contente que du gimmick “Clavier en jupe”, sans pousser l’idée plus loin. Résultat : une occasion manquée.

 

Derrière l’intrigue, Le Million tente d’égratigner le monde des grandes entreprises, les pots-de-vin et les promotions attribuées à la tête du client. Quelques piques sur l’écologie et l’exploitation des pays pauvres s’invitent aussi dans le scénario. Mais tout cela reste superficiel. Ces thèmes sont amenés sans subtilité et surtout sans véritable suivi, comme si le film n’osait pas choisir entre satire et divertissement léger. Il serait injuste de dire que rien ne fonctionne. Certaines scènes ont du rythme, notamment une confrontation tendue entre Stan et son ex (Charlotte Gabris), où la répartie et la nervosité donnent enfin un peu de relief à l’histoire. Une virée nocturne dans un parking vide frôle aussi le burlesque, comme si le film, l’espace d’un instant, retrouvait l’énergie qu’il aurait dû garder tout du long. 

 

Mais ces moments restent isolés. La mise en scène, sans être catastrophique, manque de nerf. Tout semble calibré, propre, mais jamais audacieux. En sortant de la salle, j’avais surtout l’impression d’avoir vu une comédie interchangeable, du genre qui finit rapidement dans les grilles de diffusion des chaînes de télé. Pas un naufrage complet, mais un film qui manque de personnalité et qui ne laisse que des rires fugaces. Le duo Clavier–Bensetti aurait pu dynamiter le récit avec un vrai jeu de contrastes, mais l’un recycle ses tics tandis que l’autre peine à imposer son style. Le scénario, lui, préfère empiler les quiproquos au lieu de vraiment les exploiter. Résultat : une intrigue qui s’essouffle vite et une impression de déjà-vu qui colle à la peau.

 

Le Million avait tous les ingrédients pour une bonne comédie française : un concept original de casse inversé, un vétéran du rire en tête d’affiche, quelques seconds rôles solides. Mais faute d’audace, de rythme et de dialogues percutants, le film se dilue dans la masse.

 

Note : 4/10. En bref, une comédie correcte par moments, mais trop prévisible et trop bavarde pour marquer les esprits.

Sorti le 24 septembre 2025 au cinéma

 

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