13 Octobre 2025
C’était mieux demain // De Vinciane Millereau.i Avec Elsa Zylberstein, Didier Bourdon et Mathilde Le Borgne.
Le cinéma français adore jouer avec le temps. Après Les Visiteurs ou La Belle Époque, voici C’était mieux demain, premier long-métrage de Vinciane Millereau, qui propulse un couple typique de la France de 1958 directement en 2025. Un point de départ prometteur pour une comédie temporelle qui cherche à mêler humour et réflexion sur l’évolution des mœurs. Le résultat ? Un film souvent agréable à suivre, porté par un duo d’acteurs expérimentés, mais qui peine parfois à trouver le bon équilibre entre satire et tendresse. Le film suit Henri (Didier Bourdon), banquier à l’ancienne, et son épouse Madeleine (Elsa Zylberstein), parfaite ménagère modèle. Nous sommes à la fin des années 50, dans une France encore corsetée par les conventions sociales.
Dans une petite bourgade française, Hélène, Michel, et leurs deux enfants, coulent des jours heureux dans l’insouciance des années 1950. Soudainement propulsés en 2025, le couple découvre un monde moderne à l’opposé de celui qu’ils connaissent. Pour Hélène, qui a toujours vécu comme il se doit dans l’ombre de l’époux, c’est une révolution. Mais, pour Michel, qui voit ses privilèges d’Homme voler en éclat, c’est un cataclysme. Entre vent nouveau et parfum d’antan, ce voyage dans le temps ne sera pas de tout repos.
Lui donne des ordres, elle les exécute. Jusqu’au jour où, par un curieux accident, le couple se retrouve projeté en 2025. Smartphones, réseaux sociaux, égalité des sexes, écologie, mariage pour tous… Le choc des cultures est total. Ce point de départ, aussi simple qu’efficace, permet à Millereau d’explorer le contraste entre un monde régi par le patriarcat et un autre où les codes ont basculé. Le film ne cherche pas à ridiculiser le passé mais à le confronter à nos contradictions modernes. Et dans cette confrontation, le spectateur retrouve ce plaisir intemporel du décalage : les incompréhensions face aux objets connectés, les dialogues savoureux entre générations, ou les maladresses d’Henri découvrant qu’une femme peut désormais diriger une banque.
Ce qui distingue C’était mieux demain d’autres comédies françaises du même genre, c’est son ton globalement bienveillant. Le film parle d’égalité, de progrès et d’émancipation sans jamais donner de leçon. Derrière l’humour, Vinciane Millereau interroge avec simplicité ce qu’on appelle « le progrès ». Oui, les droits des femmes ont avancé, les mentalités ont évolué, mais à quel prix ? Et que reste-t-il de la tendresse ou de la simplicité du passé ? Le scénario ne cherche pas à réécrire l’histoire mais à poser des questions sur la place de chacun dans la société moderne. Ce n’est pas un film militant, mais il reflète clairement une envie de rééquilibrer les rôles. Madeleine, autrefois cantonnée à la cuisine, découvre peu à peu qu’elle peut exister par elle-même.
Elsa Zylberstein lui donne une vraie énergie, entre fragilité et humour. Didier Bourdon, de son côté, campe un macho dépassé mais jamais antipathique. Leur duo fonctionne parce qu’il reste humain : les maladresses font sourire, les doutes émeuvent. Les dialogues constituent sans doute l’un des points forts du film. Ils oscillent entre le cocasse et le malaise, trouvant souvent la justesse dans la confrontation des deux époques. Certaines répliques frappent par leur ironie : les mots des années 50 deviennent absurdes en 2025, et inversement. Il y a dans ces échanges une vraie finesse d’écriture, surtout dans la première moitié du film. En revanche, le rythme souffre parfois de longueurs. Après un départ plein d’énergie, la mise en scène devient plus sage, plus télévisuelle.
Les gags se font prévisibles, et la deuxième partie s’appuie un peu trop sur des situations attendues : le dîner gênant, la leçon de morale, le moment d’émotion obligé. Quelques clichés auraient mérité d’être évités, notamment dans la représentation du monde moderne, où tout semble lisse et caricatural. Le film garde malgré tout une cohérence thématique. Vinciane Millereau semble plus intéressée par la transformation intérieure de ses personnages que par le voyage temporel en lui-même. Ce n’est pas un film de science-fiction, mais une fable sociale. À travers Henri et Madeleine, c’est toute une génération qui découvre que le monde ne lui appartient plus — et que ce n’est peut-être pas si grave.
Visuellement, C’était mieux demain reste plaisant. Les décors reconstitués des années 50 contrastent joliment avec la froideur des intérieurs contemporains. La mise en scène, sans chercher la sophistication, s’attache surtout à capter les visages et les émotions. Le film s’amuse aussi à détourner les symboles de la modernité : le smartphone devient un objet magique, la voiture électrique une absurdité comique. Mais au-delà du comique de situation, le film aborde quelque chose de plus profond : la peur de disparaître dans un monde qui va trop vite. Henri, figure du patriarcat vacillant, cherche à comprendre ce qu’il a manqué. Madeleine, elle, réalise que sa place n’était peut-être jamais dans l’ombre.
Ces deux trajectoires se croisent et s’équilibrent dans une fin simple, mais touchante. Pas de morale appuyée, juste une impression d’apaisement. Bien sûr, C’était mieux demain n’échappe pas à certains défauts. L’ensemble manque parfois de souffle et de vraie audace. Les thèmes, pourtant passionnants — le féminisme, le rapport au progrès, la transmission —, sont parfois survolés. Et la réalisation, assez classique, ne cherche pas à surprendre. Le film reste dans un registre « grand public », calibré pour plaire au plus grand nombre, quitte à lisser un peu son propos. Mais malgré ces limites, le film garde une sincérité rare. Il ne prétend pas révolutionner la comédie française, il veut simplement raconter comment deux êtres apprennent à se retrouver dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus.
Et ça, ça fonctionne. Didier Bourdon et Elsa Zylberstein, complices et naturels, portent le film à bout de bras. Leur duo, entre ironie et tendresse, donne à cette comédie un parfum de nostalgie qui évite la lourdeur. À travers eux, Vinciane Millereau livre un regard lucide sur le passé et le présent, sans cynisme ni naïveté. C’était mieux demain n’est pas une révolution, mais une comédie honnête, pleine de bonnes intentions et de moments justes. Derrière son ton léger, elle glisse une réflexion douce sur le temps qui passe, les mentalités qui changent et la nécessité d’évoluer sans perdre ce qui fait de nous des êtres humains. Une comédie imparfaite mais attachante, un peu prévisible, mais qui rappelle que si tout n’était pas mieux avant, tout n’est pas parfait aujourd’hui non plus.
Note : 5/10. En bref, C’était mieux demain n’est pas une révolution, mais une comédie honnête, pleine de bonnes intentions et de moments justes.
Sorti le 8 octobre 2025 au cinéma
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