3 Décembre 2025
Silver Star // De Ruben Amar et Lola Bessis. Avec Grace Van Dien, Troy Leigh-Anne Johnson et Tamara Fruits.
Silver Star arrive avec un parfum de cinéma indépendant américain, alors qu’il est réalisé par deux Français, Ruben Amar et Lola Bessis. Ce genre de détail crée toujours une petite curiosité : comment deux réalisateurs venus d’ailleurs peuvent-ils se réapproprier un genre si typé, celui du road movie traversé de cavales bancales, de grandes routes poussiéreuses et de personnages paumés mais attachants ? La réponse n’est pas totalement tranchée, mais Silver Star tente sincèrement d’entrer dans cette tradition tout en y injectant un humour plus franc, parfois décalé, et un duo d’actrices qui fait tout le boulot quand l’histoire manque d’air. Au centre du film, il y a Billie.
Billie, jeune Afro-Américaine introvertie, garçon manqué, un œil en moins, décide de braquer une banque pour aider ses parents dans le besoin. La situation tourne au fiasco et elle prend en otage Franny, 18 ans, enceinte jusqu’aux dents, un caractère bien trempé et plus rien à perdre. Ensemble, elles se lancent dans une cavale électrique à travers les grands espaces américains, en quête d’un avenir meilleur.
Le genre de fille réservée, dure en façade, qui sort tout juste de prison et croit encore qu’un braquage pourrait régler quelques problèmes familiaux. La scène d’ouverture, avec ce premier pas hors de la taule et cette rechute immédiate dans les ennuis, résume son incapacité à rester dans les clous. La situation se complique vite quand elle se retrouve avec un otage improbable : Franny, future mère ultra maquillée, recouverte de paillettes et incapable de garder le silence plus de trois secondes. Les deux jeunes femmes se retrouvent projetées ensemble sur des routes américaines qui ressemblent à celles d’une carte postale un peu trafiquée, une Amérique qui n’est pas tout à fait la vraie, mais suffisamment vivante pour porter leur cavale.
Le film repose entièrement sur la dynamique du duo. Grace Van Dien et Troy Leigh-Anne Johnson insufflent une vraie énergie, parfois drôle, parfois touchante, souvent brouillonne, mais toujours sincère. Leur complicité fonctionne même quand le scénario se répète ou hésite. Billie reste coincée dans sa carapace sombre tandis que Franny déborde de couleurs et parle comme si chaque minute était une pub pour un soda énergisant. Leur contraste donne un rythme inattendu au récit, un tempo instable mais amusant, comme si chaque scène cherchait à surprendre sans tomber dans la caricature. Silver Star joue aussi avec les codes du road movie classique : injustice sociale, fuite éperdue, Amérique cabossée et personnages qui essaient de se reconstruire loin des attentes de leur entourage.
Pourtant, ce film n’est pas une copie carbone de Thelma et Louise. Il emprunte quelques thématiques mais glisse tout vers un humour moins dramatique, presque burlesque. Certaines séquences misent clairement sur la comédie, notamment lorsque les héroïnes se disputent sur leur droite et leur gauche ou quand Franny transforme tout ce qu’elle touche en vitrine à paillettes. Ce contraste permanent entre tension et légèreté évite au récit de se prendre trop au sérieux. La mise en scène, très mobile, utilise souvent la caméra portée. Cette approche donne un côté spontané, parfois trop, car certaines scènes d’action ou de discussion semblent perdre en lisibilité. Le choix de cadrer serré, même lors de moments plus physiques, limite un peu la respiration du film.
Pour un road movie, l’absence de grands espaces visibles fait étonnamment défaut. L’intrigue promet une cavale à travers une Amérique ouverte et vaste, mais l’image préfère suivre les visages plutôt que les paysages. Ce parti-pris peut frustrer celles et ceux qui espèrent une ode visuelle aux routes américaines. Malgré ces limites, les décors naturels existent bien et conservent une certaine beauté, notamment grâce aux couleurs automnales et aux ambiances lumineuses très travaillées. Amar et Bessis cherchent clairement à créer une Amérique fantasmée, presque stylisée, une Amérique pour de faux qui colle finalement à ces deux héroïnes qui elles-mêmes avancent masquées.
L’approche fonctionne par moments, même si certaines scènes mériteraient un souffle plus large. Le scénario reste simple : une cavale, un accident de parcours, deux femmes qui apprennent à se supporter et à se comprendre. Ce n’est pas révolutionnaire, mais l’écriture trouve suffisamment de petites trouvailles pour maintenir l’intérêt. Les dialogues possèdent une vraie vivacité, parfois même un humour incisif qui donne du relief. L’intrigue avance comme un road trip intérieur où Billie tente de reprendre sa vie en main pendant que Franny, sous ses airs clinquants, cherche simplement un peu de respect et de sécurité avant l’arrivée de son enfant. Silver Star tente également d’aborder des failles sociales américaines : pauvreté, marginalité, pressions familiales, destin tout tracé dont il est difficile de s’échapper.
Ces thèmes apparaissent en filigrane, sans devenir trop envahissants, ce qui évite un discours forcé. La politique est là, mais comme un bruit de fond qui rappelle d’où viennent les deux héroïnes. L’un des charmes du film tient dans sa manière de dépeindre une sororité improvisée. Rien n’était fait pour rapprocher Billie et Franny, pourtant leur duo devient la vraie colonne vertébrale du récit. Leur relation passe par des phases de rejet, de complicité, d’exaspération, de tendresse maladroite. Leur parcours commun reste le cœur émotionnel du film, plus solide que l’intrigue criminelle parfois trop légère. Malheureusement, Silver Star souffre d’un problème de rythme. La mise en place est longue, l’histoire cherche son ton avant de véritablement décoller.
Quand le film trouve enfin son souffle, il régale par sa drôlerie et ses idées, mais une partie du public risque d’avoir décroché plus tôt. Certaines séquences auraient gagné à être resserrées pour laisser plus de place aux moments où le duo fonctionne à plein régime. Le film reste néanmoins agréable, porté par deux actrices très investies. Grace Van Dien, notamment, apporte une force intérieure qui donne à Billie un mélange de fragilité et de détermination. Troy Leigh-Anne Johnson, elle, offre un contrepoint parfait avec une énergie débordante et un humour constant. Leur duo aide Silver Star à tenir debout même quand la mise en scène hésite.
Note : 6/10. En bref, Silver Star n’a pas l’ambition de réinventer le cinéma, mais propose un voyage touchant, pailleté, parfois maladroit, souvent sympathique. Le générique de fin, porté par une chanson pop irrévérencieuse, résume bien l’esprit du film : léger, bordélique, féminin, un peu absurde mais terriblement sincère.
Sorti le 26 novembre 2025 au cinéma
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