22 Mai 2026
Aida, the Movie // De Paco León. Avec Carmen Machi, Eduardo Casanova et Paco León.
Faire revivre une série culte sur grand écran, c’est toujours un pari ultra casse-gueule. Avec Aida, the Movie (aussi connu sous le titre Aída y vuelta), Paco León s’attaque à un monument de la télévision espagnole. L’idée de base avait de quoi intriguer : retrouver la bande du quartier, jouer avec nos souvenirs et parler du temps qui passe à travers une mise en abyme plutôt maline, puisque le film nous plonge directement dans les coulisses du tournage d’un nouvel épisode. Sur le papier, le concept est hyper solide. Dans la réalité, le résultat final est franchement en dents de scie.
Un long métrage adapté de la série comique espagnole Aida qui revisite les personnages et les décors emblématiques de la série, créant une histoire qui fusionne les univers de la télévision et du cinéma tout en ajoutant de la profondeur narrative à la formule originale.
On passe un moment sympa, mais le film manque de punch pour passer du statut d’hommage gentil à celui de vraie réussite cinématographique. L’histoire nous embarque sur le plateau de la série où un malaise éclate rapidement en coulisses à la suite d’accusations de comportement déplacé. Entre fiction et réalité, les acteurs rejouent leurs rôles cultes tout en incarnant des versions ultra poussées et un peu ridicules d’eux-mêmes. Paco León tente de mélanger plusieurs genres : la satire piquante du milieu de la télé, l’humour méta et la nostalgie pure. Le vrai problème, c’est que le film a un mal fou à choisir sa direction. On navigue à vue entre plusieurs tons sans jamais se poser nulle part.
Par moments, le long-métrage veut jouer la carte de la maturité en bousculant les codes. Il se pose des questions hyper actuelles sur les limites de l’humour et sur la façon dont certaines vannes des années 2000 ont franchement mal vieilli. C’est intéressant, mais deux scènes plus tard, tout ça passe à la trappe pour revenir à une ambiance de sitcom pure, légère et un poil datée. Ce va-et-vient permanent finit par casser le rythme. On a l’impression que certaines séquences sont juste là pour faire sourire les fans de la première heure, sans faire avancer l'intrigue d'un iota. Heureusement, le gros point fort du projet reste son casting.
Revoir Carmen Machi enfiler à nouveau le costume d’Aída apporte une vraie bouffée d’oxygène. Même quand le scénario tourne carrément à vide, l'actrice arrive à capter notre attention. Elle apporte une humanité folle à cette femme fatiguée par la vie, usée par les galères, mais toujours debout avec son humour brut. C’est sa prestation qui sauve le film du piège de la réunion d’anciens élèves un peu artificielle. Autour d’elle, Paco León, Mariano Peña ou Miren Ibarguren reprennent leurs marques avec un plaisir évident. On sent une vraie complicité à l’écran, une alchimie qui parlera tout de suite à ceux qui ont dévoré la série à l'époque. Mais pour les autres, le visionnage risque d'être un peu long.
C’est la grosse limite de cet exercice : le film s'adresse presque exclusivement à son public d'origine, laissant les nouveaux venus sur le bord de la route avec des blagues d'initiés qui tombent souvent à plat. Pourtant, on sent que Paco León voulait dépasser le simple produit marketing. Il y a un vrai fond social qui tente d'émerger. On découvre ce que deviennent les personnages après toutes ces années, et ce n'est pas tout rose. Le quotidien est lourd, marqué par la précarité financière, les engueulades familiales et une immense fatigue qui a remplacé l'énergie folle des débuts. Ces moments de réalisme social sont plutôt justes et touchants. Le souci, c’est que le film n'ose pas creuser.
Dès qu'un sujet devient un peu sérieux, le scénario préfère désamorcer la tension avec une vanne facile ou une situation absurde. Ce manque de profondeur empêche le film de marquer les esprits sur la durée. On sent que le réalisateur a voulu éviter la nostalgie facile, mais qu'il a eu peur d'aller vers quelque chose de plus grinçant, de plus inconfortable. Techniquement, le film ne révolutionne rien. Visuellement, on reste très proche d'un format télé. C’est propre, c'est bien filmé, mais ça manque de folie visuelle. Le concept du film dans le film tient la route grâce à un montage fluide, mais sans aucune prise de risque. Le rythme souffre aussi d'un trop-plein d'intrigues secondaires.
À force de vouloir donner du temps d'antenne à tout le monde, certains personnages disparaissent pendant de longues minutes avant de revenir pour une réplique, ce qui donne un côté décousu à l'ensemble. Malgré tous ces défauts, on ne peut pas enlever au film sa sincérité. On sent un amour profond pour ces personnages. Paco León filme sa bande avec énormément de tendresse, même quand il égratigne leurs travers. Cette bienveillance évite au projet de tomber dans le cynisme. Le final redresse d'ailleurs la barre avec une conclusion plutôt touchante et honnête sur ces antihéros attachants qui continuent de ramer pour s'en sortir.
Note : 5/10. En bref, Aida, the Movie ressemble plus à un repas de famille nostalgique qu'à un vrai grand film de cinéma autonome. Les fans purs et durs vont apprécier retrouver cette ambiance unique et ces visages familiers. Pour le reste du monde, ça ressemblera plutôt à une curiosité sympathique mais un peu anecdotique. Un retour qui fait sourire, mais qui manque de mordant pour marquer l'année cinéma.
Sorti le 21 mai 2026 directement sur Amazon Prime Video
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