Hildur (Mini-series, 6 épisodes) : un polar islandais qui troque le glauque contre de l'humain

Hildur (Mini-series, 6 épisodes) : un polar islandais qui troque le glauque contre de l'humain

Quand on plonge dans le monde des séries policières nordiques, on sait un peu à quoi s'attendre. En général, c'est très sombre, l'ambiance est étouffante, les flics ne sourient jamais et il pleut ou il neige non-stop. C'est presque un genre en soi. Mais avec la mini-série Hildur, disponible en six épisodes, on change un peu de trajectoire. Cette adaptation des romans de Satu Rämö ne réinvente pas totalement la roue du crime, mais elle choisit de mettre l'accent sur les gens, sur les relations humaines et sur les paysages grandioses de l'Islande, plutôt que sur la pure violence. Un nordic blue qui change des fameux nordic noir.

 

Une détective se bat contre la montre pour affronter un tueur en série dans les fjords d'Islande tout en perçant le mystère de ses sœurs disparues depuis longtemps.

 

L'action se passe principalement dans les fjords de l'ouest de l'Islande. Visuellement, c'est une claque. Le décor n'est pas juste là pour faire joli sur la pellicule, il dicte le rythme de la vie et de l'intrigue. On navigue entre des routes enneigées, des tunnels complètement isolés du reste du monde et des petits villages où tout le monde se connaît. Cette nature sauvage donne une vraie force visuelle à la série, même si, comme on va le voir, le scénario a parfois de petites faiblesses. Au centre de l'histoire, on découvre Hildur Rúnarsdóttir. C'est une enquêtrice locale qui porte un fardeau super lourd : quand elle était enfant, ses deux sœurs ont disparu sans laisser de trace. 

 

Elle revient bosser dans sa région natale et se retrouve plongée dans une affaire de meurtres particulièrement bizarres et violents. Forcement, l'enquête professionnelle va rapidement percuter ses propres démons. C'est le grand classique du thriller, mais ici, le mélange entre l'enquête pure et le drame personnel de l'héroïne s'équilibre assez bien. L'intrigue avance tranquillement, sans chercher à nous perdre dans des théories farfelues ou des retournements de situation toutes les dix minutes. C'est fluide, ça se regarde tout seul, même si les habitués des romans policiers verront venir certaines révélations un peu à l'avance. La vraie bonne idée de la série, c'est sa gestion de l'image. 

 

Là où d'autres productions cherchent le glauque absolu, Hildur utilise des lumières froides, des bleus magnifiques et des grands espaces qui coupent le souffle. Il y a même des scènes de surf dans une eau glaciale qui reviennent régulièrement. Ça apporte un vrai vent de fraîcheur et ça permet de comprendre ce qui se passe dans la tête d'Hildur sans qu'elle ait besoin de faire de grands discours. On évite le cliché du flic torturé qui passe son temps à se plaindre au bar du coin. Ici, l'isolement se ressent à travers l'écran. Le climat difficile et la vie dans ces communautés coupées du monde donnent une vraie tension, même dans les moments où il ne se passe rien d'incroyable à l'écran.

 

Ce qui fait que l'on s'attache à la série, c'est aussi son trio de flics. Hildur fait équipe avec Jakob, un stagiaire finlandais qui a une passion improbable pour le tricot, et Florian, un flic allemand qui se demande un peu ce qu'il est venu faire dans cette galère islandaise. On aurait pu craindre un côté un peu artificiel, genre équipe improbable créée pour faire rire, mais la sauce prend super bien. Jakob apporte une douceur bienvenue et des scènes très humaines, loin du simple faire-valoir comique. Florian est peut-être un peu moins écrit, mais sa présence bouscule les habitudes de la petite brigade locale. Leurs discussions tournent autour des petits riens du quotidien, ce qui rend leurs relations hyper crédibles. On croit à leurs silences et à leur complicité naissante.

 

On sent une vraie volonté de proposer un polar à hauteur d'homme. La série traite de sujets difficiles comme le deuil ou la solitude, mais sans jamais sombrer dans le mélo ou le désespoir total. On prend le temps de voir les personnages manger, discuter, vivre tout simplement. Les amateurs de thrillers ultra rythmés à l'américaine risquent de trouver le temps un peu long par moments, car le rythme choisit de s'attarder sur l'ambiance plutôt que sur l'action pure. Mais pour les autres, c'est une proposition super cohérente. Tout n'est pas parfait pour autant. Le rythme connaît de vrais coups de mou, surtout au milieu de la saison. 

 

Les premiers épisodes passent beaucoup de temps à installer le passé d'Hildur et les mystères de sa famille, ce qui fait que l'enquête principale a un peu de mal à passer la seconde. On sent parfois que certaines scènes tirent en longueur pour meubler les six épisodes et garder le mystère intact. C'est dommage, car du coup, la confrontation finale ou certains moments clés manquent de punch et font un peu trop téléfilm classique dans la réalisation. Un montage un poil plus serré aurait donné plus de force à l'ensemble. Heureusement, Hildur elle-même porte la série sur ses épaules. L'actrice est excellente et évite de jouer le robot insensible. 

 

On comprend sa souffrance à travers ses silences, sa façon de regarder la mer ou sa retenue quand elle doit parler à des gens de son passé. Cette pudeur dans l'écriture fait beaucoup de bien. Elle n'est pas parfaite, elle fait des erreurs, mais elle reste humaine du début à la fin. Au final, cette mini-série ne va pas bouleverser l'histoire de la télévision ni révolutionner le polar scandinave. L'enquête reste sur des rails assez balisés et les fins connaisseurs du genre devineront le coupable avant le dénouement. Pourtant, la série réussit son pari grâce à son atmosphère unique. C'est un joli mélange de thriller et de chronique de vie islandaise. 

 

Si vous cherchez de la violence gratuite et du suspense insoutenable, vous risquez de rester sur votre faim. Mais si vous avez envie de vous laisser embarquer par une ambiance hivernale, des personnages attachants et une vraie mélancolie nordique, ces six épisodes se dévorent avec un vrai plaisir. C'est une série imparfaite, mais qui a le mérite d'avoir du cœur et une vraie personnalité.

 

Note : 7/10. En bref, loin des thrillers scandinaves ultra-glauques et nerveux, Hildur prend le temps de filmer l'humain et la beauté sauvage des fjords islandais à travers un trio de flics hyper attachant. Si l'enquête policière reste un peu trop classique et prévisible, l'ambiance mélancolique et la justesse des personnages font de cette mini-série une très belle surprise.

Prochainement sur Arte

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article
G
bonjour toi :O)<br /> trop bien ton article<br /> elle me donne envie de découvrir cette serie :O))<br /> merci pour cette découverte bonne journée
Répondre