Critique Ciné : La cena (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : La cena (2026, direct to SVOD)

La cena // De Manuel Gomez Pereira. Avec Mario Casas, Alberto San Juan et Asier Etxeandia.

 

S'attaquer aux lendemains immédiats de la guerre civile espagnole par le prisme de la comédie, c'est ce qu'on appelle marcher sur des œufs. C'est pourtant la direction exacte choisie par Manuel Gómez Pereira avec son dernier long-métrage, La cena. Le réalisateur nous plonge dans une situation tellement improbable qu'elle en devient tout de suite accrocheuse : nous sommes à peine quelques jours après la victoire des troupes franquistes, et un banquet monumental doit être organisé au Palace Hotel pour célébrer le nouveau régime. Seul problème, et de taille, l'établissement a été réquisitionné en hôpital militaire de campagne, les couloirs débordent de blessés et les cuisines sont à l'abandon total.

 

Deux semaines après la fin de la guerre civile espagnole, le vainqueur militaire, Francisco Franco, demande un dîner de célébration au Palace Hotel de Madrid. Un jeune lieutenant, un maître d'hôtel et un groupe de prisonniers républicains, experts en cuisine, doivent préparer un banquet parfait en un temps record. Tout semble se dérouler sans accroc, mais dans les cuisines, il n’y a pas que le dîner qui se prépare : une évasion est également au menu.

 

Le point de départ du scénario pose immédiatement des bases solides pour une satire efficace. Un jeune officier un peu dépassé se retrouve avec l'ordre quasi impossible de monter un dîner de gala pour Franco et son état-major en un temps record. Pour sauver sa peau et réussir sa mission, il n'a pas d'autre choix que d'aller chercher de la main-d'œuvre là où elle se trouve : parmi les prisonniers républicains fraîchement capturés, dont plusieurs s'avèrent être d'excellents chefs et cuisiniers. C'est le début d'un gigantesque jeu du chat et de la souris où le moindre faux pas peut conduire directement devant un peloton d'exécution. 

 

Le film prend alors une tournure très rythmée, rappelant le mécanisme bien huilé des comédies chorales où les portes claquent, les secrets s'accumulent et la panique grandit à chaque minute. Ce qui rend l'ensemble vraiment intéressant, c'est que l'humour ne cherche jamais à atténuer la réalité historique. On ressent en permanence une tension lourde, une atmosphère de paranoïa étouffante où un mot de travers ou un regard suspect peut faire basculer la scène dans le drame pur. C'est cette gestion de la peur invisible qui donne du relief au récit, montrant comment le quotidien se fige sous une dictature naissante. Au milieu de ce chaos organisé, les acteurs portent le projet avec une belle énergie. 

 

Asier Etxeandia hérite du rôle le plus complexe et livre une prestation marquante en officier autoritaire. Sa simple présence amène la dose de danger indispensable pour éviter que le film ne devienne une simple farce inoffensive. Face à lui, Alberto San Juan excelle dans la peau d'un maître d'hôtel qui tente de maintenir une façade de dignité et de professionnalisme absolu alors que tout s'effondre autour de lui. Sa retenue apporte une vraie nuance et permet d'équilibrer les moments de comédie pure avec une émotion mais aussi une gravité très discrète. On peut être un peu plus réservé sur la performance de Mario Casas. 

 

Si l'acteur fait le travail, ses apparitions manquent parfois de fluidité et son jeu semble parfois un peu trop forcé, comme s'il cherchait à imposer une intensité dramatique qui colle mal avec le reste de la distribution. Du côté des seconds rôles, le bilan reste globalement positif, même si le scénario a tendance à délaisser certaines pistes en cours de route. Plusieurs personnages secondaires sont introduits avec des intrigues prometteuses, pour finalement disparaître de l'écran sans que leur histoire ne reçoive de véritable conclusion. Avec son unité de lieu et son intrigue centrée sur les préparatifs d'un repas, La cena aurait pu facilement tomber dans le piège du huis clos théâtral et poussiéreux. 

 

Heureusement, la réalisation de Pereira se montre assez maligne pour dynamiser l'espace. La caméra circule activement entre l'agitation étouffante des cuisines, le luxe froid des salles de réception et la misère des dortoirs improvisés. La reconstitution historique, portée par des décors soignés et des costumes très justes, contribue pleinement à l'immersion du spectateur. Tout n'est pas parfait pour autant, et le film souffre parfois d'un ton un peu trop binaire. La satire politique pousse certains traits jusqu'à la caricature, rendant les partisans du nouveau régime parfois un peu trop grossièrement stupides ou unilatéralement brutaux. 

 

Ce manque de nuances affaiblit par moments la portée du propos, le film insistant lourdement sur des messages que le public avait déjà parfaitement saisis. Heureusement, le rythme soutenu et l'énergie globale permettent de passer rapidement sur ces facilités d'écriture.

 

Note : 6/10. En bref, loin d'être un documentaire austère ou une leçon de morale, La cena utilise intelligemment l'absurde pour parler d'une page sombre de l'histoire. Malgré quelques faiblesses d'écriture et des personnages parfois trop stéréotypés, cette comédie dramatique s'en sort grâce à son atmosphère unique et sa tension constante. Une proposition originale et rythmée, idéale pour les amateurs de cinéma espagnol et de satires grinçantes.

Prochainement en France en SVOD

 

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