Critiques Séries : Ted Lasso. Saison 4. Episode 8.

Critiques Séries : Ted Lasso. Saison 4. Episode 8.

Ted Lasso // Saison 4. Episode 8. Follow the Anger.

 

Après un passage à vide et une poignée d'épisodes franchement inégaux, ce huitième chapitre de la saison 4 de Ted Lasso remet l'église au milieu du village. Intitulé « Follow The Anger », cet épisode remet enfin les Lady Greyhounds au cœur du récit, mais il offre surtout à Alice la place qu'elle méritait depuis le début. Ça fait un bien fou de retrouver cette dynamique. Ce qui frappe d'emblée, c'est que les scénaristes ont arrêté de vouloir trop en faire. Les sous-intrigues ne s'écrasent plus les unes sur les autres. Les arcs narratifs progressent naturellement, certaines tensions trouvent un vrai dénouement et l'émotion revient sur le devant de la scène sans être immédiatement coupée par un gag téléphoné ou un rebondissement sorti du chapeau.

 

Le parcours d'Alice s'affinait doucement depuis quelque temps. Cette coach d'abord peinte comme rigide, distante et presque agressive commence à fendre l'armure. L'épisode 8 accélère ce changement de cap de manière très juste. Le déclencheur reste classique mais efficace : Gemma se blesse sévèrement au genou en plein match. Pour les Lady Greyhounds, c'est un coup dur sur le plan sportif. Gemma est une pièce maîtresse du dispositif, et son absence fragilise tout le vestiaire. Pour Alice, le choc dépasse largement le cadre du terrain. Cette blessure vient réveiller des fantômes personnels. Elle connaît par cœur cette hantise : la blessure physique, la crainte d'être mise sur la touche et la sensation vertigineuse de voir le monde tourner sans soi. 

 

Elle sait ce qu'on ressent quand le football s'arrête net et qu'on se demande ce qu'il reste. Plutôt que de braquer ou de jouer les chefs à poigne comme elle l'aurait fait en début de saison, Alice encaisse et réfléchit. C'est à ce moment précis que son arc devient passionnant. La confrontation entre Alice et Rebecca valait clairement le détour. Je trépignais d'impatience à l'idée de les revoir échanger, et la scène tombe pile au bon endroit. Alice vient chercher de l'aide auprès de Rebecca pour soutenir Gemma. Aucune demande de faveur tactique ou de traitement de faveur ici : elle cherche juste à faire comprendre à sa joueuse qu'elle n'est pas abandonnée. Rebecca capte immédiatement l'enjeu et répond présente.

 

Cette scène confirme que l'animosité entre elles appartient au passé. Les faux-semblants sautent. Rebecca n'a plus à se méfier, et Alice n'a plus besoin d'arborer son armure de glace. La suite à l'hôpital brille par sa simplicité. Rebecca ne sort pas un grand discours préfabriqué ; elle agit. Elle se déplace, échange avec le groupe et rappelle brutalement qu'une blessure ne touche pas qu'un joueur, mais tout un collectif. C'est ce genre de parenthèse qui me rappelle pourquoi la série touche aussi juste quand elle s'intéresse vraiment à ses personnages. Le moment le plus fort reste néanmoins cet échange entre Ted et Alice. Épuisée par la charge mentale de la situation, Alice finit par craquer. De son côté, Ted ne mène pas large non plus. 

 

La scène les montre simplement assis l'un à côté de l'autre, sans chercher à combler le vide ni à résoudre miraculeusement les problèmes de l'autre. Pas de métaphore tirée par les cheveux, pas de grand monologue de cinq minutes. Juste deux personnes dépassées qui partagent un moment de doute. Cette séquence remet les choses à leur place concernant Ted : il n'est pas qu'une machine à distribuer du positivisme. Il a le droit de couler lui aussi. La suite amène le fameux discours dans le vestiaire sur les émotions et le droit de pleurer. Si la formule est très identifiée Ted Lasso, elle fait mouche dans ce contexte. 

 

Dans le milieu du sport professionnel où la virilité mal placée reste la norme, rappeler que la vulnérabilité n'est pas une faiblesse reste un message utile. Il reste pourtant un flou qu'il va falloir éclaircir : la nature exacte du passif entre Alice et Gemma. Leur relation déborde d'une intensité et d'une rancœur qui dépassent le simple cadre entraîneur-joueuse. La série ne nous donne que des miettes pour l'instant. Le souci, c'est que la saison touche bientôt à sa fin. Avec si peu d'épisodes au compteur, j'espère sincèrement que les scénaristes iront au bout de cette piste, surtout vu la belle alchimie entre Tanya Reynolds et Abbie Hern. Du côté de Roy et Keeley, le soulagement est total. Après des semaines de doutes, de non-dits et de détours inutiles, Roy crache enfin le morceau. 

 

Alors qu'il devait participer à un hommage pour Chelsea, l'événement déraille et Roy comprend qu'il ne peut plus reculer face à Keeley. Sa déclaration coche toutes les cases du style Lasso : c'est très sentimental, parfois kitsch, légèrement emprunté, mais d'une efficacité redoutable. Cette mise au point fait du bien car leur manège commençait à peser sur le rythme de la saison. Voir Roy et Keeley assumer leurs sentiments permet d'avancer. Le couple a toujours fonctionné sur sa complicité brute et sa capacité à se comprendre sans filtre, et il était grand temps de retrouver ce duo en forme. Ce huitième épisode ne gomme pas tous les défauts accumulés depuis le lancement de la saison 4. 

 

Certaines sous-intrigues traînent encore la patte et les Lady Greyhounds auraient mérité un développement plus précoce. Mais cet épisode retrouve ce qui faisait le sel de la série : des personnages vulnérables qui communiquent et cherchent à avancer ensemble. Alice en est l'incarnation parfaite. Elle ne joue plus les rôles secondaires à réparer, elle s'affirme. Si la saison a mis du temps à trouver son cap, cet épisode prouve qu'elle sait encore où elle va.

 

Note : 7/10. En bref, cet épisode retrouve ce qui faisait le sel de la série : des personnages vulnérables qui communiquent et cherchent à avancer ensemble. 

Disponible sur Apple TV

 

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